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L’OSINT, ou la transparence devenue surface d’attaque

par | 12 Jan 2026

Avant de parler d’OSINT comme d’une pratique, il faut clarifier ce qu’il recouvre réellement. L’Open Source Intelligence ne consiste pas à “chercher sur Internet” de manière opportuniste. Il s’agit d’une démarche structurée d’exploitation d’informations accessibles publiquement, produites volontairement ou non par des organisations, des individus, des plateformes ou des institutions. Ces informations ne sont ni confidentielles, ni protégées par des mécanismes de sécurité. Elles existent déjà, exposées, indexées, agrégées.

L’OSINT ne crée pas le risque.
Il révèle ce que les organisations exposent déjà — souvent sans en avoir conscience.

Cette distinction est fondamentale, car elle explique à la fois la légitimité de l’OSINT et le malaise qu’il suscite. Contrairement à une intrusion technique, il ne force rien. Il observe. Il relie. Il contextualise. Et c’est précisément ce caractère non intrusif qui le rend si efficace, mais aussi si dangereux lorsqu’il est détourné.

Pendant longtemps, la sécurité des systèmes d’information s’est construite autour de la protection des actifs techniques : serveurs, réseaux, applications, données. Les informations publiques étaient perçues comme secondaires, voire insignifiantes. Une adresse e-mail publiée, un organigramme partiel, un message LinkedIn, une annonce de recrutement n’étaient pas considérés comme des éléments de risque. Ils relevaient de la communication, pas de la sécurité. Ce cloisonnement n’est plus tenable.

« Ce qui est public n’est pas neutre, il est exploitable. »

L’OSINT moderne ne s’intéresse pas à une donnée isolée, mais à la cohérence de l’ensemble. Une fonction, un rôle, un fournisseur, un outil interne, une technologie mentionnée dans une offre d’emploi prennent une valeur particulière lorsqu’ils sont mis en relation. Ce n’est pas l’information qui est sensible en soi, c’est la cartographie qu’elle permet de construire.

C’est là que l’OSINT devient un levier central de l’ingénierie sociale. Avant même de penser à une attaque technique, les acteurs malveillants cherchent à comprendre comment une organisation fonctionne, qui décide, qui administre, qui valide, qui communique. Ils ne ciblent plus des systèmes, mais des usages, des routines, des comportements attendus.

Un message de phishing crédible ne repose pas sur un lien sophistiqué. Il repose sur une histoire plausible. Et cette plausibilité est presque toujours le fruit d’un travail OSINT préalable : vocabulaire interne, références réelles, outils connus, relations hiérarchiques cohérentes. Sans cette phase, l’attaque échoue souvent. Avec elle, elle passe.

Ce constat dérange, car il place l’OSINT dans une zone grise. D’un côté, il est utilisé par les équipes de sécurité pour mesurer l’exposition, anticiper les risques, comprendre ce que l’organisation laisse voir d’elle-même. De l’autre, il constitue le socle opérationnel de nombreuses attaques ciblées, sans jamais laisser de trace technique exploitable par les outils de détection classiques.

« L’OSINT n’est pas offensif par nature, mais il alimente l’offensive. »

Cette ambiguïté explique pourquoi l’OSINT est rarement abordé frontalement dans les politiques de sécurité. Trop technique pour la communication, trop humain pour les équipes IT, trop transversal pour être réellement gouverné. Il se situe à l’intersection de la cybersécurité, de la communication, des ressources humaines et de la gouvernance.

Les organisations investissent dans des outils de protection, mais continuent à exposer des signaux faibles en permanence. Un changement d’outil annoncé publiquement, un projet stratégique évoqué lors d’un événement, une publication anodine sur un réseau social professionnel peuvent suffire à enrichir un profil d’attaque. Ces informations ne violent aucune règle. Elles sont même souvent encouragées au nom de la transparence, de la marque employeur ou de la conformité.

Le problème n’est donc pas l’existence de ces informations, mais l’absence de réflexion sur leur agrégation. Peu d’organisations savent réellement ce que l’on peut déduire d’elles sans jamais les attaquer. Peu ont cartographié leur exposition informationnelle au même titre que leur surface d’attaque technique.

Cette cécité est d’autant plus problématique que les attaques actuelles reposent de moins en moins sur des exploits visibles. Elles exploitent la confiance, les processus internes, les automatismes. Un courriel crédible, envoyé au bon moment, à la bonne personne, peut contourner des dispositifs de sécurité sophistiqués sans jamais déclencher d’alerte.

Dans ce contexte, l’OSINT agit comme un révélateur. Il montre que la frontière entre information publique et information exploitable est largement artificielle. Il met en évidence une réalité inconfortable : la sécurité ne se limite plus à empêcher ce qui n’a pas le droit d’entrer, mais à comprendre ce qui est déjà visible et comment cela peut être utilisé.

« Ce n’est pas l’information qui est dangereuse, c’est l’usage qui en est fait. »

Aborder l’OSINT sous cet angle permet de sortir d’une opposition stérile entre pratique légitime et détournement malveillant. La question n’est pas de savoir s’il faut ou non produire de l’information publique, mais de mesurer ce qu’elle raconte réellement de l’organisation. Quels récits involontaires sont construits ? Quelles dépendances apparaissent ? Quels rôles deviennent exposés ?

Cela suppose un changement de posture. L’OSINT ne doit pas être vu uniquement comme un outil de veille externe, mais comme un outil de diagnostic interne. Une manière d’évaluer la cohérence entre ce que l’organisation pense maîtriser et ce qu’elle laisse transparaître. Cette démarche ne vise pas à réduire la communication, mais à l’aligner avec une compréhension réaliste du risque.

En ce sens, l’OSINT n’est ni un gadget, ni une mode. Il est le symptôme d’un déplacement profond de la menace vers l’humain, le narratif et le contexte. L’ignorer, c’est accepter que d’autres continueront à l’exploiter à sa place.

Comprendre l’OSINT, ce n’est pas apprendre à espionner.
C’est apprendre à se regarder tel que l’on est réellement perçu.

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