L’open source occupe désormais une place centrale dans les systèmes d’information. Longtemps associé à des choix techniques ou économiques, il s’impose aujourd’hui comme un sujet stratégique, au croisement de la sécurité, de la souveraineté et de la gouvernance. La mise à jour récente de la politique open source de l’ANSSI vient rappeler cette évolution. Elle ne se limite pas à encourager l’usage de solutions ouvertes. Elle propose une lecture plus structurée : celle d’un modèle qui, s’il est porteur de maîtrise, introduit également de nouvelles responsabilités.
« L’open source n’est pas une alternative. C’est devenu une composante du système d’information. »
Les organisations utilisent aujourd’hui massivement des composants open source, souvent sans en avoir pleinement conscience. Frameworks, bibliothèques, outils de développement, solutions d’infrastructure : une part significative du code repose sur des briques externes, intégrées au fil des projets. Cette réalité transforme profondément la notion de système d’information. Celui-ci ne se limite plus aux actifs internes. Il s’étend à un ensemble de dépendances logicielles, parfois multiples, dont le cycle de vie échappe en grande partie à l’organisation.
« Le système d’information est désormais partiellement externe par construction. »
L’ANSSI insiste sur ce point : l’open source constitue à la fois un levier de transparence et un facteur d’exposition. La disponibilité du code source permet une analyse approfondie, une vérification indépendante et une adaptation aux besoins spécifiques. Elle favorise une forme de maîtrise technique, difficile à atteindre avec des solutions propriétaires. Mais cette transparence ne garantit pas la sécurité. La qualité d’un composant open source dépend de nombreux facteurs : maturité du projet, dynamique de la communauté, fréquence des mises à jour, gouvernance du code. Tous les projets ne présentent pas le même niveau de fiabilité, ni la même capacité à corriger rapidement les vulnérabilités. Cette variabilité introduit un risque souvent sous-estimé.
« Un composant open source est fiable… tant qu’il est maintenu. »
L’ANSSI rappelle ainsi que la gestion des dépendances constitue un enjeu majeur. Une application peut intégrer des dizaines, voire des centaines de bibliothèques, chacune avec ses propres vulnérabilités et son propre rythme d’évolution. La capacité à identifier ces composants, à suivre leur état et à appliquer les correctifs devient une condition essentielle de la sécurité. Ce point renvoie directement aux problématiques de supply chain logicielle.
Les attaques récentes ont montré qu’un composant compromis peut devenir un vecteur d’attaque à grande échelle, impactant de nombreuses organisations simultanément. Le risque ne se situe plus uniquement dans le code développé en interne, mais dans celui que l’on intègre.
Dans ce contexte, la politique open source de l’ANSSI propose une approche structurée. Elle ne consiste pas à privilégier systématiquement l’open source, mais à en encadrer l’usage. Cela passe notamment par une évaluation des composants, une gestion rigoureuse des dépendances et une intégration des exigences de sécurité dans les processus de développement. Cette approche rejoint les principes du Secure SDLC et du DevSecOps. L’open source ne peut être traité comme une simple ressource technique. Il doit être intégré dans une démarche globale de sécurisation du cycle de vie logiciel.
La question de la contribution constitue un autre aspect intéressant. L’ANSSI encourage les organisations à participer aux projets open source qu’elles utilisent. Cette implication permet non seulement d’influencer l’évolution des outils, mais aussi de mieux comprendre leur fonctionnement et leurs limites. Elle contribue à renforcer la maîtrise. Mais elle suppose également des ressources et une organisation adaptées. Contribuer à un projet open source ne relève pas d’une démarche opportuniste. C’est un engagement dans la durée, qui implique des compétences, du temps et une stratégie.
« Utiliser sans contribuer, c’est accepter une dépendance silencieuse. »
Cette notion de dépendance est centrale. L’open source est souvent perçu comme un moyen de réduire la dépendance vis-à -vis d’un éditeur. Cette perception est partiellement vraie. Elle ne prend pas toujours en compte les dépendances indirectes, liées à des projets peu maintenus, à des communautés restreintes ou à des infrastructures externes.
La dépendance ne disparaît pas. Elle change de forme. Dans certains cas, elle peut même devenir plus difficile à identifier. Une bibliothèque largement utilisée mais maintenue par un nombre limité de contributeurs constitue un point de fragilité potentiel. Sa compromission ou son abandon peut avoir des conséquences importantes.
Cette réalité impose une évolution des pratiques. L’ANSSI met en avant la nécessité d’une gouvernance dédiée à l’open source. Celle-ci doit permettre de définir des règles d’usage, de sélectionner les composants, de suivre leur cycle de vie et de gérer les risques associés. Elle implique également une coordination entre les équipes techniques, sécurité et métiers. Cette gouvernance ne doit pas être perçue comme une contrainte, mais comme un cadre permettant d’exploiter pleinement les bénéfices de l’open source.
« La maîtrise ne repose pas sur le choix d’une technologie, mais sur la manière dont elle est intégrée. »
Au-delà des aspects techniques, l’open source s’inscrit également dans une réflexion plus large sur la souveraineté numérique. La capacité à comprendre, adapter et contrôler les outils utilisés constitue un enjeu stratégique pour les organisations, en particulier dans des contextes sensibles. L’open source offre des opportunités en ce sens, mais ne constitue pas une solution en soi. Il doit être accompagné d’une capacité interne à en assurer la maîtrise. Sans cette capacité, il peut devenir un facteur de risque supplémentaire.
La mise à jour de la politique open source de l’ANSSI s’inscrit dans cette logique. Elle ne propose pas une vision idéologique, mais une approche pragmatique, centrée sur les usages et les responsabilités. Elle rappelle que l’open source, comme toute composante du système d’information, doit être intégré dans une démarche de gestion des risques.
En définitive, l’open source apparaît comme un levier puissant, mais exigeant. Il permet d’accroître la transparence, de favoriser l’innovation et de renforcer la maîtrise technique. Mais il impose en contrepartie une vigilance accrue, une gouvernance structurée et une capacité à gérer des dépendances complexes. Les organisations ne peuvent plus se contenter de consommer des composants open source. Elles doivent apprendre à les piloter. L’open source ne réduit pas la complexité du système d’information. Il la déplace. C’est sans doute là que se situe l’enjeu réel.
Source : Posture gĂ©nĂ©rale et actions de l’ANSSI sur l’open-source




